• Sur les cas extrêmes
Sur les cas extrêmes

Sur les cas extrêmes

Comment juger d'affaires à haute teneur politique ? Le fait que ces cas soient d'une nature «exceptionnelle», qu'ils rés ultent d'un contexte de crise politique ou d'un acte réalisé suite à un renversement de régime complexifie l'application des textes existants. Des considérations politiques et morales s'insèrent plus qu'ailleurs dans l'office du juge. Face à cette question constamment renouvelée, moins spéculative et plus ouverte que jamais, on se rabat donc aisément sur les seules philosophies morale ou politique. Cet ouvrage défend a contrario la possibilité d'une théorie juridique du jugement pour une partie au moins de ces cas exceptionnels. Plusieurs théories, comme celle de «cas difficile» proposée par Ronald Dworkin, ont ouvert la discussion. La grande force du concept inédit de «cas extrême», ici proposé par Gérard Timsit, est de subsumer à lui seul un nombre élevé et délimité de situations que chacun dirait «exceptionnelles» et à haute teneur «politique». Ce pari des «cas extrêmes» amène, chemin faisant, à reconsidérer plusieurs cas classiques de la théorie du droit pour les assumer ou s'en démarquer. Ce livre met ensuite en perspective la façon dont cette théorie des cas extrêmes se situe dans le champ des théories du droit pour mieux cerner les chantiers juridiques qu'ouvrent les «cas extrêmes». Pour mieux appréhender, aussi, les jeux inévitables entre droit, politique et philosophie. Julien Cantegreil, ancien élève de l'École normale supérieure et agrégé de philosophie, est diplômé en droit de la Yale Law School et de l'université Paris-I. Ses recherches portent sur le terrorisme et le droit comparé des libertés fondamentales. Extrait du livre : Aucune raison. Les cas extrêmes sont, par définition, de ces cas auxquels, du fait de leur «extrémisme», on a peu de chances statistiques de se voir jamais confronté. Par hypothèse, de tels cas se présentent rarement, et l'on ne saurait faire fond sur eux pour construire une théorie ou bâtir une réflexion. Quantitativement peu nombreux, ils font partie de ces marges, de ces limites auxquelles, dans le domaine qui est le mien, confine le droit. Et l'on voit mal, a priori, que l'on puisse construire une théorie ou apprendre quoi que ce soit de fondamental à partir de l'analyse de situations en nombre infime, qui ne peuvent guère, semble-t-il, apporter au mieux que des nuances ou permettre à la rigueur de colorer légèrement des appréciations ou considérations fondées et ancrées par ailleurs dans les pratiques les plus généralement répandues. S'il est vrai que l'on ne doit pas construire de théorie qui ne satisfasse aux trois conditions de l'adéquation - rendre compte de la réalité empirique -, de l'économie - en rendre compte avec le minimum de concepts théoriques - et de la cohérence - en rendre compte de manière non contradictoire -, alors peut-être faudrait-il admettre en effet qu'une théorie des cas extrêmes, si même elle satisfaisait à la condition d'adéquation, ne pourrait au mieux que permettre de dire ce qu'est le droit et, s'il existe encore, dans une province limitée, extrêmement limitée, des confins du système juridique - à supposer qu'une telle province ne lui soit pas étrangère... Et cette théorie ne devrait pas autoriser à faire beaucoup plus, ce qui ne serait certes pas négligeable mais risquerait de n'être pas beaucoup. Je prétends cependant le contraire. J'ai toutes les raisons de parler de cas extrêmes - en toute hypothèse, deux au moins... Il s'agit de cas et ils sont extrêmes. Voir la suite

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