• La théorie du chien
La théorie du chien

La théorie du chien

"L'étrange est bien plus ordinaire que l'inattendu", disait O.Henry. Et c'est dans ce même esprit que les huit histoires de ce recueil gravitent autour de ses deux thèmes de prédilection : l'imposture, mais surtout le destin, cette fatalité qui est toujours perçue par O.Henry comme une réalité incontournable de la vie de chacun. On retrouve dans ses nouvelles, véritables petits chefs-d'oeuvre de concision, cette volonté de torturer les intrigues à coups d'ironies du sort et de coïncidences fortuites, savant mélange ayant contribué à faire de lui le maître du surprise ending. Si, pour la fluidité de son style, il a été comparé au Russe Anton Tchékhov, l'énergie et le ton humoristique qui imprègnent ses textes trahissent l'influence des deux grands auteurs américains que sont Mark Twain et Ambrose Bierce. Avant de prendre le pseudonyme de O.Henry, William Sidney Porter, né en Caroline du Nord en 1862, devient chroniqueur et reporter. En 1897, il est incarcéré pour une sombre histoire de détournement de fonds. C'est dans sa cellule qu'il commence à écrire ses premières nouvelles. Le succès est immédiat. À sa sortie de prison, il s'installe à New York, et publie désormais sous son pseudonyme. Nouvelliste étonnamment prolifique, il publiera plus de six cents nouvelles en quinze ans. Ravagé par l'alcool, O.Henry meurt à l'âge de 48 ans. Extrait du livre : Dans une ville où même celui qui découpe le rôti derrière le comptoir de sandwichs gratuits se rend à son travail dans son automobile personnelle, l'argent d'un millionnaire n'a pas beaucoup d'importance. Mais Hedges, lui, dépensait son argent d'une manière aussi prodigue, aussi tapageuse et aussi ostentatoire qu'un employé de bureau claquerait une semaine de traitement. Et, après tout, le barman ne s'intéresse pas à vos réserves. Il préfère voir tomber votre monnaie dans sa caisse enregistreuse que dans le tiroir du fisc. Parmi eux se trouvaient deux jeunes gens, Ralph Merriam, courtier de son état, et Wade, son ami. Deux chauffeurs de taxi, pêcheurs en eaux profondes, furent réquisitionnés. À Columbus Circle, le petit groupe stationna assez longtemps pour agonir d'injures la statue du grand navigateur, lui reprochant, sans le moindre patriotisme, d'avoir navigué à la recherche de terre ferme et solide, et non d'un élément liquide. À minuit, la compagnie échoua dans l'arrière-salle d'un modeste bistro, au nord de Manhattan. Hedges se montra arrogant, autoritaire et querelleur. Bien bâti et endurci, grisonnant mais vigoureux, il était «parti» pour le reste de la nuit. Il y eut une dispute - rien d'important - et on brandit le poing, geste tenant lieu de gant jeté qu'il convient de relever. Merriam se contenta d'attaques verbales, jouant le rôle de Hotspur. Hedges se leva vivement, attrapa sa chaise, la balança et la lança sauvagement à la tête de Merriam. Ce dernier l'esquiva, sortit un petit revolver, tira et atteignit Hedges à la poitrine. Le boute-en-train trébucha, s'effondra, replié sur lui-même, et ne bougea plus. Voir la suite

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  • Bernard Pascuito