• Le pacte faustien de l'université
Le pacte faustien de l'université

Le pacte faustien de l'université

Cet ouvrage fait la critique de l'état actuel de l'université. Rappelant l'histoire moderne de l'institution, depuis sa fondation au début du dix-neuvième, en passant par ses rapports avec le pouvoir, notamment en Allemagne à l'époque de Bismarck et du nazisme, Aline Giroux s'attarde particulièrement à l'université de type nord-américain contemporaine qui se conçoit comme une entreprise et qui est directement branchée sur le marché pour répondre à ses besoins (contre le financement). «Je m'inscris au nombre des professeurs qui, aujourd'hui, remettent en question les solutions qui sont imposées, depuis deux décennies, à l'université sous-financée. Au cours des dernières années, plusieurs des chefs de file de l'Association canadienne des professeurs d'université ont fait part de leurs inquiétudes face à ce que j'appelle la "mise au pas" de l'université. Désormais, l'obtention d'octrois fédéraux de recherche est liée et proportionnée au potentiel de commercialisation des résultats; les exigences de nombre et de rythme de production scientifique se sont accrues; la production considérée prestigieuse est celle qui touche la création de nouveaux biens et services, soit l'innovation, et particulièrement le développement des technosciences et de la biotechnologie. Certes, l'État a la responsabilité d'assurer la compétitivité du pays en cette ère de mondialisation. Faut-il, pour cela, que l'université vive sous la tutelle du Marché ?» (A. G.) Aline Giroux a été professeur à l'université d'Ottawa de 1984 à 2004. Extrait du livre : Extrait de l'introduction : Tout le monde a retenu que Faust vendit son âme au diable, mais dans le cas de l'université, de quoi pourrait-il s'agir ? Selon la notion générale, l'âme est l'élément essentiel intérieur, un dedans différent par sa nature du dehors auquel il est lié et qu'il régit. Dans l'usage esthétique, la notion d'âme désigne la contrepartie de l'intellect, la sensibilité et une certaine qualité de cette sensibilité. Edgar Morin écrit : «L'âme humaine émerge à partir des bases psychiques de la sensibilité, de l'affectivité [en lien dialogique] avec l'esprit (animus), elle est anima. [Alors que] l'esprit est organisateur de la pensée et énergie de la volonté, l'âme est intuitive ; elle ressent, elle pressent ; elle peut souffrir de douleur morale et connaître l'extase. [...] L'anima est l'antidote de I' animus» Nous inspirant de Rabelais («Science sans conscience n'est que ruine de l'âme»), nous dirons que, pour l'université, l'âme est la conscience dont la science a besoin si elle ne veut pas conduire à la ruine morale ceux qui la poursuivent. Loin de se réclamer de la neutralité, cette science consciente de soi montrerait ainsi ses fondements éthiques. C'est encore l'âme de l'université qui se manifeste, en creux mais de façon saisissante, dans les questions de John Cornell : quelle est la relation entre la science et la bonne société ? La pratique de la science rend-elle les êtres humains plus rationnels, plus justes, plus objectifs, plus ouverts sur le monde ? Voir la suite

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